J’ai réécrit trois versions de cet article. N’étant satisfait d’aucune, ne trouvant ni les mots, ni les sensations pour bien traduire ma situation, c’est donc de manière concise, brève et sans stylistique particulière que j’aborde cette version finale. Début février, je suis parti en Toscane pour faire un stage d’entraînement et peaufiner la forme dans le mois restant avant d’attaquer les courses. Pour faire une histoire courte, je me suis fait mal au genou. Tendinite, déchirure, bursite, tous les diagnostics y sont passés, mais après 3 mois, très peu d’amélioration. Je me rappelle avoir écrit mon article de présentation avec de l’ambition et de la détermination. Une année qui devait symboliser la pointe de l’iceberg de 12 années sur la selle et dans les livres; l’apogée de tout ce dont j’avais toujours crû. Malheureusement, les enseignements que j’en ai tirés jusqu’à maintenant sont bien différents de ceux escomptés: je ne tenais pas particulièrement à connaître les rouages du système de santé suisse, ni de passer des weekends entiers sur Netflix. Mais on ne choisit pas.

3 mois plus tard, mon genou se trouve grosso modo dans le même état. S’il est facile de faire le métier lorsqu’on a des objectifs bien en vue et qu’on prend du plaisir sur le vélo, ce n’est pas la même donne lorsqu’on ne sait même pas lorsque l’on pourra épingler un dossard. Bien manger, se coucher tôt, s’étirer tous les soirs, ne pas sortir, ça se tient pendant un moment, mais ça devient lourd. Surtout quand on est en Suisse, en étant supposé vivre l’expérience d’une vie.

Voici le point où j’en suis: je commence à réaliser que ma saison se trouve lentement, mais sûrement, compromise. Au mieux, j’espère pouvoir revenir en juillet, en pleine forme, car nous avons un calendrier intéressant. Mais après 3 mois d’une blessure sur laquelle personne ne semble avoir le contrôle, je commence à envisager tous les dénouements possibles. En attendant, j’ai recommencé à vivre, à remettre la machine en circuit, entouré de gens regorgeant d’énergie qui me permettent de bien rebondir: «Ça force à rebondir à des places où on rebondit pas d’habitude. Tu te dis: ‘ah y a un spring icitte’, pis là tu t’amuses sul nouveau spring.» – Fred Pellerin. Et ultimement c’est pour ça que je n’ai pas mis tous les oeufs dans le même panier, ce qui confirme le modèle et mon rejet de l’unilatéralisme.

Je voudrais donc, en somme, exprimer ma reconnaissance au Team Humard qui ne me met pas la pression du retour. Ce support me déleste de cette errance dans un système de santé étranger, sans l’entourage habituel. Et puis finalement, un énorme merci à tous ceux qui me servent de famille ici et qui me changent les idées après cette déception de sport, de vie. En espérant recommencer bientôt à bouffer le bitume et user ma plume.

Ciao Ciao!